9/10 MM – Progress to Madness

Par Kyarno & FrozgulNews

augure-celeste

Journal de bord de Frozgul – 5 Juin 2017 – 96ème jour depuis la disparition.

Ces pages ne sont pas destinées à être lues. C’est hanté par des démons, rongé par le remords et pour trouver la paix que je les écris. Mais si vous lisez cela, c’est que vous avez déjà mon journal entre les mains. Et je suppose qu’il serait inutile de vous demander de le refermer et de tout oublier : votre curiosité déplacée et morbide ferait peu de cas de ma demande et s’engouffrerait d’autant plus vite entre les lignes… Eh bien, soit. Vous allez découvrir ici le terrible secret qui repose au cœur de la plus incroyable enquête à laquelle il m’a été donné de participer.

En cette soirée du 5 Juin, l’affaire n’a jamais été aussi proche de son dénouement : après plusieurs semaines de stagnation, sans trouver d’indices, sans tomber sur de nouveaux corps, seul le hasard pouvait nous sortir de l’embourbement. Et c’est ce qu’il a fait. Plus tôt dans la journée, je suis allé faire un tour dans son ancienne demeure, qui semblait avoir été vidée à la hâte. Tout semblait indiquer qu’il était parti précipitamment en voyage, qu’il avait pris la fuite. Le frigo encore plein, le lit défait et la vaisselle dans l’évier en témoignaient. C’aurait été mal les connaitre, lui et son organisation : un tel chaos ne pouvait qu’être orchestré. Ça ne collait pas. Arpentant les pièces à la recherche d’une trace, d’une note, d’un élément qui pourrait m’indiquer où il était, la réplique d’un film culte me revint soudainement. « C’est ce qu’on veut nous faire croire, seules les troupes de choc de l’empire peuvent réaliser un tel carton ». Il fallait regarder plus près tout en s’élevant au-dessus de la partie, avoir une vue d’ensemble tout en scrutant les détails.

Mais j’étais fatigué, lassé par le jeu macabre de sa traque. Perdu dans mes pensées, j’ai trébuché sur le tapis qui trônait devant l’âtre et, en me relevant, un détail a attiré mon attention : déplacé par ma chute, le tapis laissait apparaître une carte de visite, signée de mon nom. Evidemment pas une coïncidence, cette carte avait été placée là délibérément, comme les autres indices qui accompagnaient les corps au début de la traque. Comment avais-je pu être aussi aveugle, j’avais failli sortir des lieux et jeter l’éponge. Le message était passé : direction la taverne de « la sale bête », repaire pas si secret de Nomi.

Nous vivons dans un monde où les entreprises privées, avides des moindres bénéfices, sont toujours à même de satisfaire nos désirs même les plus saugrenus. Il suffit de jeter un œil à n’importe quel centre-ville pour s’en rendre compte : à condition de savoir où regarder, on y trouve tout. Même ce qu’on ne cherche pas. Et quand un vide se fait sentir, tôt ou tard quelqu’un montera un commerce pour y remédier.

« La sale bête » fait partie de ces échoppes, en apparence honnêtes et ouvertes à tous, qui cachent dans d’obscures arrières boutiques les plus détestables personnages. Ceux qui vous vendent tout, leurs mères comprises, contre de l’or trébuchant. Ceux qui savent qui est qui et où les trouver. Ceux qui, pourris par le chancre dans lequel ils se complaisent, n’hésitent pas à aider les criminels à échapper à la justice autant qu’ils aident cette même justice à attraper les criminels si la récompense en vaut la peine.

« Bienvenue à « la sale bête » voyageur. Les meilleures chambres de tout Dalaran ! Le bonheur sous toutes ses formes ! »

« Ce qui ferait de moi un homme heureux, ça serait que vous m’indiquiez, dans des délais les plus à même de satisfaire une personnalité de ma classe, où se planque un de vos clients. Vous voyez ce que je veux dire ? Alors vous allez m’amener bien sagement voir Nomi. »

Une porte dérobée, sur la droite de la pièce, cachée derrière la table de banquet, mène aux cuisines. Nomi s’affaire à diriger ses commis pour préparer un diner qui, je le sais, sera encore trop cuit.

« Bonjour Nomi, ta petite amie de l’accueil m’a gentiment indiqué que tu serais à même de m’éclairer : je cherche un de tes clients, Kyarno. Tu vois de qui je veux parler n’est-ce pas ? »

« Kyarno, oui… (Plus de gaz sous les grandes côtes de gibier !) Un gars de la meute Axion… (On augmente la cadence sur la préparation des Koï runécailles !) Sacrée bande celle-là (ce jarret ne va pas se dégraisser tout seul, un peu d’entrain tout le monde !). Un excellent client, mais ça fait un bail qu’on l’a pas vu dans l’coin, hein Awilo ?! »

« Ouais mec ! Et puis c’est pas comme si on avait envie d’en causer mec, dès fois qu’on l’ait vu passer wécemment. On n’est pas du genwe à balancer, on s’en refaire au cinquième amendement mec ! héhéhé »

N’étant pas particulièrement d’humeur à plaisanter avec ces criminels (autant pour la paix civique que pour la nourriture) et puisque l’heure avancée de la journée joue en ma défaveur, c’est à la dague collée à sa trachée que je continue la discussion. « Pardonnez mon ignorance dans le domaine du « légal », mais je suis pressé et j’ai vraiment envie que vous m’indiquiez où trouver Kyarno. Alors je vous repose la question une dernière fois et, vous allez voir, elle est assez simple : Où. Est. Kyarno ? »

« Désolé, j’ai l’impression que mes lèvres sont collées. Je vais avoir du mal à te dire où il se planque. »

Je suis d’ordinaire assez attentif au respect de la loi et des règles de bienséance, mais ce panda joufflu commence sérieusement à entamer ma patience. Sous le coup de l’énervement, je lui écrase la tête sur les fourneaux, juste à côté de spécialités culinaires des Sacrenuits en train de cuire. « Tu ferais mieux de faire attention, la prochaine fois je pense que je ne raterai pas le feu. Qu’est-ce que Kyarno venait chercher ici et où est-il parti ? »

« Je ne sais pas grand-chose, promis. Il paye bien, c’est tout ce qui m’importe. Il nous a demandé de la came coupée à la farine et l’adresse d’un médium de Suramar. On a juste fait ce qu’il nous a demandé, il a payé et il a tourné les talons. »

« Un médium? DONNE-MOI UN NOM ! »

« Etraeus ! Le médium, c’est Etraeus ! Ne me brûle pas le visage par pitié mec ! La came qu’on lui a donnée, elle était tellement coupée qu’on pourrait en faire un quatre-quarts. Ça tuerait même pas un rat. »

Le gros lard avait fini par parler et j’avais sa prochaine cible. Etraeus, un vieux medium sénile qui lit la bonne aventure et les horoscopes à qui veut bien l’entendre. On raconte qu’il vit seul dans un dôme et qu’il parle, tout seul, aux lunes et aux étoiles. Quoi qu’il en soit, il ne mérite pas de mourir assassiné par quelqu’un de plus détraqué que lui encore.

A peine une heure plus tard, je me trouve devant le domicile du pauvre bougre. Bien sûr il sera trop tard, je ne peux pas l’avoir pris de court. Mais j’espère au moins trouver une scène de crime récente, j’aimerais que le travail soit bâclé, ça voudrait dire que je le talonne.

Comme je m’y attendais, Etraeus est bien là, mais il n’est pas aussi « communicatif » qu’on pourrait l’espérer. Je sors mon calepin et note :

  • Sexe : masculin
  • Nom : Etraeus
  • Date du décès : 12 mars 2017
  • Le corps gît sur le sol au milieu de flaques d’eau fondue et de gangrène dont la disposition est bien trop régulière pour être aléatoire. Bien sûr, la mort remonte à plusieurs jours, voire quelques semaines. Son petit jeu avec l’auberge n’était là que pour m’attirer et pour se distraire…

Comme à son habitude, Kyarno m’a laissé un message et une photo, déposés dans la bouche du malheureux. Une telle obsession morbide que c’en devient presque ludique.

Etraeus

Que dire d’Etraeus ? Pour moi, comme pour beaucoup d’autres, c’était lui le boss de fin du palier. Le vieillard n’a l’air de rien, il semble paisible et pacifique dans son observatoire et pourtant … Quelle résistance il a jeté dans la bataille avant de se laisser abattre. Dans l’ensemble la stratégie n’est pas difficile à élaborer, mais pour la mettre en application c’est une autre histoire. Niveau doigté et concentration, on est un cran au-dessus de ce à quoi on a été habitué jusque-là sur Légion.

Abstraction faite de phases beaucoup plus longues et différentiées qu’en HM, la principale nouveauté du Mythic réside dans la gestion de signes astrologiques, un peu comme sur Taddius (sauf que c’était des polarités) ou Odin. L’objectif, c’est de retrouver ton petit copain qui, lui aussi, est poisson. Mais attention, le temps est compté et il ne faut SURTOUT pas croiser un sagittaire, sinon c’est foutu ! De toute façon, un couple poisson/sagittaire (surtout avec l’influence de Mars) n’est pas fait pour durer. Dit comme ça, c’est sûr, ça n’a pas l’air de casser trois pattes à un canard. Mais ajoutez à cela un combat long, de difficulté croissante, la peur de devoir recommencer à zéro ajoutant du stress et de la panique à l’agitation générale, et vous comprendrez l’état détresse de nos combattants sur la fin du combat.

Les phases givre et fel font travailler le placement du groupe et du tank, et on sait que c’est pas forcément la force de notre team… Tiens d’ailleurs, en parlant de tank, le type a sorti la brouette et baladé sa paire dans toute la pièce : « C’est bon, je solo-tank » qu’il nous a dit. Cette soirée là, c’est lui qui a menée la danse.

La dernière phase est de loin la plus dure : toutes les capacités en simultané, et vas-y que tu vas m’éviter cette AOE meurtrière, et vas-y que t’as pas le droit de me regarder, et vas-y que ou qu’il est mon copain bélier. Et puis faut voir le sac à PV, un vrai gear check. C’était sans compter sur l’acharnement de la team Axion qui, une fois de plus, est venue à bout de l’individu. La difficulté n’a pour eux d’autre utilité que rendre la victoire plus savoureuse.
Résultat des comptes : une 199è place mondiale et un retour plein gaz dans le top FR. Bravo à tous !
K.

 

Le document, comme d’habitude, est un charabia incompréhensible. Peut-être qu’un de nos experts en tirera quelque chose mais je passe mon tour. Je vaque dans la pièce sans vraiment plus regarder la scène de crime, perdu dans des pensées nostalgiques d’un temps révolu.

Une impression d’être observé me sort de ma torpeur alors que je sens distinctement un regard transpercer mon dos. Il va se passer quelque chose mais je ne vois rien… Pourtant, dans cette salle, les cachettes ne sont pas légion. Soudain, une ombre se détache d’un recoin un peu obscur et fonce sur moi tel un rapace sur sa proie. L’individu croit parfaitement en son rôle de Jack l’éventreur. Même la disparition dans l’ombre est présente. L’interprétation est brillante, la surprise totale mais il n’a pas pris en compte un léger détail : je ne suis pas une petite catin sans défense, j’ai moi aussi de l’entrainement. Ma retraite anticipée m’a laissé le temps d’apprendre deux ou trois ruses dans les bas-fonds. Mon crane est plus solide que le sien et il s’écroule au sol. « Alors beauté, on va causer maintenant que t’es là ! Où se cache Kyarno ? »

L’homme ricane et chuchote, me forçant à me rapprocher : « Elisande ». Il se relève alors d’un geste brusque et me flanque un sacré coup de genou dans le service trois pièces. Je n’aurais pas dû le sous-estimer comme il l’avait fait avec moi, il s’est révélé être un comédien avec de la répartie.
Le temps de retrouver mes esprits et, évidemment, il s’est évaporé. Elisande, c’est donc la prochaine cible.

Je connais ce nom, bien sûr, du temps où je fréquentais Helya. Une femme de la haute, pompeuse à souhait, qui habitait un des nombreux palais de Suramar. Une vraie bourgeoise comme on n’en fait plus, avec une horde de courtisans déviants. Ça ne sera pas difficile de rentrer, la porte est toujours ouverte à qui veut la courtiser. […]

La pièce est immense et la décoration d’une lourdeur sans pareille. Les couleurs sont à vomir, dans les tons bleus, roses et violets. Un énorme spot éclaire le centre de la pièce d’une lumière artificielle bleutée et, comme pour celui de Gotham City, un objet posé sur le spot dessine une forme au plafond. A ceci près que ce n’est pas un objet, c’est un corps. Le cadavre d’Elisande est étendu, comme un apôtre, sur un échafaudage dominant le puits de lumière. La mise en scène est parfaite, comme à son habitude. Alors que je sors mon calepin pour consigner les principaux éléments de la scène de crime un détail me frappe : la pauvrette est encore agonisante, transpercée de multiples coups d’arme blanche, brûlée au troisième degré et défigurée par les coups qui ont été portés avec un acharnement sans pareil. Elle rend son dernier souffle alors que je m’apprête à essayer de lui porter secours et, de l’entrée de la pièce, je l’entends applaudir et rigoler.

« Te voilà enfin Froz. Je dois dire que je suis déçu. Déçu de voir que tu n’a pas été capable de suivre la cadence, déçu de voir que tu n’as rien pu empêcher, déçu de voir que tu n’as toujours pas compris. Et pourtant tu es là, enfin, devant moi. Ta curiosité, contrairement à ton sens logique, ne t’a pas fait défaut. »

« Pourquoi Kyarno. Pour quoi tout ça ? Quelle folie sanguinaire t’a poussé ? Prépare-toi à répondre de tes crimes. »

« J’ai fait tout ça pour toi Frozgul, pour notre amitié. Voilà des mois que tu t’es rangé, des mois que tu as quitté ton statut et tes beaux habits pour te réfugier dans la solitude, dans la drogue, dans une vie de misère à laquelle tu n’appartiens pas et qui te tue à petit feu. Tu n’es plus l’homme que tu étais, cette grandeur, cette prestance, cette aura. J’avais besoin de t’aider, en mon nom et en celui de toute notre équipe. Il te fallait une nouvelle raison d’être, un nouveau but à poursuivre. Il fallait que tu reviennes dans le milieu de toute urgence, que tu redeviennes le raideur que tu étais car c’était ta seule raison de vivre. Je savais que ce jeu de piste t’intéresserait, que le défi en valait la peine. »

« Comment peux-tu croire un seul instant que de telles atrocités me donnent envie de revenir ? Parmi vous, à tes côtés, toi le meurtrier ? Tout ce que tu as fait à ces innocents. A HELYA ? »

« Je n’ai rien fait Froz… Non, TU as fait tout ça. Aluriel, Tel’arn, Tichondrius, Etraeus etc… Plus rien n’avait de sens, tout te dégouttait. À commencer par cette pimbêche d’Helya. Ils sont tous tombés de ta main. »

« MENSONGES ! »

« Ces trous de mémoire, ces absences, ce sentiment de déjà vu… ne me dis pas que tu ne comprends pas ? Bien sûr, je sais que tu le faisais inconsciemment. Que c’est cette insanité qui t’a fait sombrer dans la folie. Je n’ai fait qu’habiller les faits, pour effacer ta trace et te sauver de la justice mais aussi pour te pousser à retrouver la mémoire. Tu es un meurtrier Frozgul, tu l’as toujours été et il est grand temps de revenir faire ce que tu sais faire de mieux, ce pour quoi tu es considéré comme l’un des meilleurs. »

« Non, c’est impossible … comment ? Pourquoi ? Helya, comment aurais-je fait ça ? Et Elisande, ça ne peut pas être moi, je suis arrivé alors qu’elle agonisait encore … »

« Tu sais très bien comment tu as fait. Mais j’ai tout vu, je peux te raconter. Tu sais que la magie du temps habite sa demeure. Et, si tu réfléchis bien, tu étais déjà là. Comment serais-je rentré chez elle, avec tous les gardes qui protègent ses appartements ? Lequel de nous deux la connaissait, l’avait souvent coutoyée ? Mais ce n’est pas grave Froz. Nous allons nettoyer ça ensemble et tout oublier, tu vas revenir avec nous maintenant. »

« Je suis si fatigué Kyarno. Toutes ces semaines j’ai couru après un être qui me semblait fou, dont je pensais qu’il était malade, que la tristesse et l’ombre l’avaient définitivement gagné. Et c’était moi… MOI ! Je me sens drainé, ma tête est légère, elle me fait mal, comme si mes pensées m’échappaient, comme si on tambourinait sur mon cerveau et qu’on y enfonçait des pieux. »
J’avais sombré dans la folie, sans m’en rendre compte. L’excitation de la chasse m’avaient fait tenir mais maintenant que le rythme ralentissait, je n’allais plus pouvoir continuer. Après cela, il ne me reste plus que la mort. Dans d’atroces souffrances.

 

Elisande