7/10 MM – Le boulevard des Nantis

Par Kyarno & FrozgulNews

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Journal de bord de Frozgul – 21 Avril 2017 – 51ème jour depuis la disparition.

Ce matin, la lumière naissante se perd dans le brouillard de miasmes et de pourriture que le soleil naissant n’arrive pas à dissiper, plongeant la ville dans une semi pénombre presque irréelle. Une carcasse de chien à moitié décomposée gît dans une ruelle comme un rappel général de l’endroit où nous nous trouvons. Alors que je me fraye un chemin parmi les détritus qui jonchent le trottoir défoncé par le temps, de vagues silhouettes me scrutent derrière les fenêtres encore éteintes des bâtiments. Je sens les regards. […]

Cette ville me craint, j’ai vu son vrai visage. Tels des caniveaux géants, les rues débordent de sang et de viscères, charriant des cadavres déchiquetés emportés par une mort telle que les imaginations les plus débordantes ne sauraient appréhender. Ces rues je les ai souvent parcourues, elles me connaissent. Et quand enfin les égouts refouleront toute cette pourriture, la vermine sera noyée. Alors, les quelques survivants pourront rebâtir une société qui à son tour sombrera dans le chaos. […]

Le monde est au bord du gouffre, à peine retenu dans sa chute, il regarde les yeux ébahis et la bouche déformée par la peur cette gueule de l’enfer prête à l’engloutir. Si dans les bas-quartiers violence et maladie prospèrent, c’est que les nantis sont au bord de l’effondrement. […] et soudain, tout s’arrête. Pas un bruit, plus un souffle de vent, personne n’ose parler. Mais où est passée la horde d’Axion ?
Des questions ? J’en ai des tas. Les réponses ? Elles sont là, tout près, je les sens. C’est la ville qui les détient, comme les stigmates du temps qui passe. Les trouver ? C’est dans cette partie que je suis le meilleur.
Un peu plus loin, assise à un croisement sur un matelas crasseux, comme née du brouillard qui engloutit les rues, une vieille dame au regard triste et lugubre, un regard d’addict. Elle sait, ses yeux ne mentent pas. Elle a tout vu. D’un geste lent, presque arrêté, elle désigne la maison qui lui fait face.
Voilà bientôt deux mois que nous sommes sans nouvelles et j’espère enfin trouver les réponses que tout le monde attend. Je me tiens là, debout dans l’entrebâillement de la porte, assailli par une odeur rance et humide, renfermée. Les relents de pestilence dans l’air sont à peine soutenables.
A l’étage, une seule pièce, d’où provient l’odeur nauséabonde. Elle est dans un état de désordre et de saleté indescriptible. Les restes de pizza ont depuis longtemps disparu et les boites vides se disputent l’espace avec des bouteilles de bière vides et un nombre indécent de paquets de gauloises. Le mur de gauche est occupé par un bureau tandis qu’un lit de fortune, sur lequel se détache une masse informe, occupe le coin droit de la pièce. Endormie? Décédée? L’odeur de décomposition et les nuées de mouches parlent pour elle.
A mieux y regarder, le mur est maculé de sang séché. Vu la position du corps et la trace de sang qui l’entoure, la victime n’a pas dû se laisser faire. Je sais que je n’ai pas le droit à l’erreur, on compte sur moi. Je dois trouver un indice qui me mènera à lui. Il faut que je le retrouve.

Je m’approche du corps et gribouille quelques éléments de la scène de crime sur mon calepin :
⦁ Sexe : féminin
⦁ Nom : Aluriel
⦁ Date du décès : 9 février 2017
⦁ Des bouteilles l’entourent, on dirait qu’elles forment un genre de rune sur le sol. Certaines sont gelées, d’autres calcinées, quelques-unes sont encore remplies d’un liquide violet. Probablement pas du jus de raisin
⦁ La victime a quelque chose dans la bouche. Une enveloppe… Elle contient un mot du tueur ainsi qu’une photo :

Coupable Aluriel, coupable ! Coupable d’avoir rendu fou mon raid leader aux nerfs d’acier, coupable d’être codée avec le cul, coupable de permettre à Lasperge de toper le ladder, coupable !
Coupable de nous avoir fait courir 4 soirs entier, coupable de nous avoir forcé à prendre 5 heals, et surtout coupable d’avoir résisté jusqu’au nerf, nous retirant une partie du plaisir de te voir enfin mordre la poussière. COUPABLE !
Tu as été jugée coupable par le tribunal Axion, et ta sentence est la mort.
Il me reste des tombes à fleurir, tu ne seras pas seule.
K.

Aluriel
Un maniaque. Voilà ce que tu es devenu pendant cette absence. Comment en est-on arrivés là ? L’homme élégant, intelligent et intègre que tu étais a sombré dans la folie, dans la violence, dans l’horreur […] Je sors de la maison, qui n’a plus rien à m’apprendre. La brume est maintenant dissipée et, sous la lumière du jour, le paysage est encore pire. Les maisons sont délabrées, presque en ruine. Les rues sont sales et des liquides putrides suintent des murs, du sol. La chaleur naissante du soleil amplifie les odeurs. J’étouffe un spasme et allume une cigarette. « Des tombes à fleurir ». Combien y’en aura-t-il ? Je dois me concentrer là-dessus.
Sur le trottoir d’en face, une commerçante est en train d’ouvrir son échoppe. Une fleuriste. Difficile de croire à une coïncidence.
Bien sûr qu’elle se souvient de lui: il y a 3 ou 4 semaines. Il avait l’air plus âgé, plus accablé. Des chrysanthèmes, « pour un proche récemment décédé ». Elle avait naïvement pensé que c’était pour son amante, il était si triste, presque en larmes… Il n’y a pas de cimetière dans le coin, en revanche un parc a moitié abandonné se trouve à deux pâtés de maisons de là. Parfait pour y cacher un corps. J’y trouverai probablement son bouquet. Elle m’en donne un identique, « pour comparer ».
A mon tour de jouer. Le parc n’est pas bien grand et seuls quelques arbres, dégarnis, survivent encore dans cette terre polluée et cet air empoisonné. A leurs pieds, quelques branchages, qui n’ont de toute évidence rien à faire ici, cachent à peine un monticule de terre retournée.

Sortant à nouveau mon calepin, je note :
⦁ Sexe : masculin
⦁ Nom : Tel’arn
⦁ Date du décès : 14 février 2017
⦁ Le corps est coupé en 3 morceaux et couvert de ronces et de lianes en tout genre, qui semblent presque faire partie intégrante de son corps. Des sortes d’excroissances végétales. Le bouquet de chrysanthèmes, presque entièrement décomposé, devait être posé sur son abdomen
⦁ Une enveloppe, identique à la première, est placée dans la bouche de la victime. Outre la photo du méfait et un nouveau mot du tueur, elle contient également un dessin :

Bota

#bringbackourFPS. Voilà comment on aurait dû l’appeler.
Des boules de feu de 4 mètres de diamètre, des explosions solaires qui feraient pâlir d’envie les chercheurs du LHC, des lianes qui se propagent plus vite qu’un herpès et des voids d’ombre plus crades qu’une marée noire en Bretagne.
C’est simple, c’était à la fois une explosion de couleurs genre Holi festival et un puits de désespoir pour la brave compagnie Axion, dont les membres étaient un à un poussés au suicide pour le bien commun. Une rencontre charmante, dans un cadre romantique. La difficulté ? Principalement savoir regarder sous ses pieds !
Le dessin est pour toi, Froz. Je sais que tu as toujours aimé l’art primitif.
K.

paint opils thicondrius
Je doute que ce soit le dernier corps que je trouverai. La partie continue, et quelque chose me dit que ce magnifique dessin est loin d’être anodin. Il se sent tellement à l’abri qu’il me nargue et me laisse volontairement des indices, comme s’il était sûr que j’aurai toujours un train de retard. Ça me met hors de moi, il faut que je le trouve !
Des chauves souris… Une animalerie? Non. Et il n’y a pas de grottes dans le coin… Le zoo peut être? Il est encore assez tôt et, si je me dépêche, je pourrai peut-être mettre la main sur un 3ème corps avant ce soir, rattrapant un peu du retard qui me sépare de lui.
Mes investigations de la journée me poussent à croire que c’est au zoo que je trouverai la prochaine victime. Malheureusement, à 19h, je ne peux plus le visiter avec les promeneurs. J’ai prévu de quoi escalader le mur mais je sens que ça ne va pas être une partie de plaisir. Les vrais gardiens ne sont de toute évidence pas ceux qui portent l’uniforme. […] Le parc n’est pas éclairé la nuit, pour ne pas déranger ses occupants. Heureusement, la lune est suffisamment pleine et le ciel est dégagé, ce qui me permet d’avancer sans encombre. Les odeurs de la nature et des animaux se mélangent dans l’agréable fraîcheur de la nuit. Le contraste avec la chaleur et la puanteur de la journée est saisissant.
La cave-volière est en face, plus que quelques mètres et déjà une forme sombre au sol m’intrigue. De près, la vision est grotesque. Je détaille dans mon calepin :
⦁ Sexe : masculin
⦁ Nom : Tichondrius
⦁ Date du décès : 20 février 2017
⦁ D’âge mur et vêtu d’un déguisement de chauve-souris et de cornes sur la tête, ce qui ressemble à une vulgaire imitation de diablotin gît sur le dos. A en juger par les ustensiles qui traînent autour, il semblerait qu’il s’agisse de l’agent d’entretien de l’enclos
⦁ Les meurtres commencent à s’espacer. Je suis sur la bonne voie. Comme pour les deux premiers cadavres, une lettre est disposée dans la bouche du malheureux :

Tichondrius

A première vue, Tichondrius peut faire frémir : des cornes, des ailes, des sabots, une salle pleine de fel et des nuées de chauves-souris. Mais si on s’échauffe bien, après lui avoir mis quelques baffes, on s’aperçoit qu’il ne s’agit que d’un petit diablotin, presque tout mignon.
Un combat très exigeant pour les soigneurs et demandant aux différents membres du raid d’être bien concentrés et coordonnés. Une des clés du combat ? Effectuer sans erreurs la rotation pour soak les essaims tout en s’assurant de faire péter les marques en temps et en heure et faire pleuvoir les boules en P2. Satisfaction garantie.
Bien sûr c’est plus facile si votre prêtre ombre a vérifié qu’il avait payé son abonnement pour pouvoir vous rejoindre …
Quelques sueurs froides, mais le petit diablotin a finit par se faire attraper la queue.
K.
(À suivre…)